24 heures

À l’heure de la reprise des cours, mardi, le pass Covid obligatoire a irrité sans révolter. Mais certains s’inquiètent de la suite.

«Cela fait dix-huit mois que l’université est fermée. On n’en pouvait plus! On aurait préféré reprendre sans mesures anti-Covid et parler plutôt de nos projets académiques, mais on fait avec.»

Alors que l’Université de Lausanne reprend les cours en présentiel depuis mardi, le soulagement du vice-recteur est palpable, mais en demi-teinte. Benoît Frund est aux manettes d’une rentrée qui se veut la plus normale possible, malgré une batterie de restrictions qui, visiblement, sont diversement appréciées sur le campus.

Sortir du tout virtuel a en effet un prix: pour les étudiants – pas pour les collaborateurs -, le pass Covid est désormais obligatoire à l’intérieur des bâtiments, et donc pour suivre les cours et accéder aux bibliothèques et cafétérias. Le masque, lui, reste de rigueur. Pour vérifier tout cela, les agents de sécurité font déjà partie du paysage quelque peu changé de l’université (voir encadré).

En deuxième année de bachelor en sciences politiques et sociales, Laura fait partie de ceux qui ont déjà reçu leur piqûre. Comme d’autres dans son cas, elle savoure le retour en présentiel, mais sans cacher ses interrogations. «Pour moi ces mesures ne posent pas de problème, mais c’est sans doute liberticide pour ceux qui ne sont pas vaccinés.»

Pour les étudiants réfractaires à la vaccination, l’étau pourrait en effet se resserrer rapidement. Jusqu’au 1er octobre, ils peuvent se faire tester gratuitement comme le reste de la population. Dès le 3 octobre, un dispositif de tests gratuits sera mis en place sur le campus pour prendre le relais. Mais cette mesure est annoncée comme temporaire et devrait prendre fin le 31 octobre.

Parmi les non-vaccinés, on oscille entre résignation et attentisme plutôt que d’afficher sa ré­volte. «Je pense que je vais finir par faire le vaccin, mais un peu

par contrainte», déclare Laura, étudiante en psychologie. Rafaela, qui étudie en géosciences, n’a quant à elle pas prévu de faire le pas. «J’espère bien qu’ils mettront en place des mesures pour les personnes comme moi, car il y en a sûrement un certain nombre. Si ce n’est pas le cas, je suivrai les cours en ligne. La vaccination, ce sera en tout dernier recours.» Pour permettre un apprentissage à distance aux étudiants comme Rafaela, les directives de l’université indiquent qu’une diffusion ou un enregistrement est proposé pour chaque enseignement.

Des doutes

Étudiant en psychologie, Rémi n’en est pas si sûr: «Ce matin, j’ai constaté que tous les cours ne sont pas enregistrés. De ce point de vue, l’université a un double discours.» Pour certains, étudier pourrait donc devenir difficile lorsque la gratuité des tests sera définitivement levée. «Personne ne peut dire ce qui se passera au-delà du 31 octobre pour les personnes qui ne sont pas vaccinées, admet Benoît Frund. Je comprends les questions et elles sont légitimes, mais nous n’avons pas toutes les réponses aujourd’hui. Au-delà des cours ex cathedra, nous ne pouvons pas garantir qu’absolument tous les enseignements sont enregistrés, mais nous trouverons des aménagements.»

Le vice-recteur rappelle que les mesures ont été décidées par le Conseil fédéral et que l’université est tenue de les appliquer. C’est le cas s’agissant du pass obligatoire dans les cafétérias et les bibliothèques. En revanche, pour l’accès aux salles de cours, l’université avait également l’option d’appliquer une jauge de deux tiers. Cet aspect n’a pas échappé à Rémi: «je suis assez choqué que l’université ait privilégié le pass obligatoire pour assister aux cours alors qu’il y avait une alternative.» Benoît Frunds’explique: «Nous aurions pur opter pour cela, mais ce choix n’en était pas vraiment un. D’une part, il aurait fallu mettre en place un système de jetons, qui aurait été complexe. D’autre part, nous savons que plus de 70% des jeunes en âge d’aller à l’université ont reçu au moins une dose de vaccin. En limitant les capacités en cours à 66%, nous n’aurions pas pu offrir le présentiel à tous ceux qui se vaccinent aujourd’hui. Cela a joué dans notre décision.»

Pour l’égalité à l’éducation

Étudiants, parents et profs manifestent

Revendications
«L’éducation n’est pas un choix, mais un droit!» Sur la place de la Riponne, à Lausanne, mardi, les banderoles donnent le ton: «Halte au pass soviétique!» À l’approche de 18 h, comme prévu, les premiers manifestants affluent devant le Palais de Rumine. «Nous sommes ici pour un accès égalitaire à l’éducation, explique Virginia Soro, étudiant à l’UNIL. Nous considérons que ni l’enseignement à distance ni les tests gratuits jusqu’à la fin d’octobre n’assurent cet accès à l’éducation. Certains profs ne donnent d’ailleurs pas de cours en ligne.» «L’université, c’est un bain de culture où toutes les opinions doivent pouvoir se partager, s’affronter», ajoute Louis Becker, étudiant neuchâtelois. Mise sur pied

par le collectif romand ESC (Éducation Sans Certificat) et soutenue par le Mouvement suisse pour la liberté citoyenne (MSLC), la manifestation prend de l’ampleur sur la Riponne, désertée peu à peu par les marchands. Les fers de lance de la manifestation grimpent sur les marches du Palais de Rumine, accompagnés de quelques profes­seurs. «Un quart, voire un tiers des profs sont opposés au certificat sanitaire dans les hautes écoles», assure Damien Foretay, du MSLC.

Des représentants des milieux de l’accueil de l’enfance et des éducateurs prennent aussi la parole. Sur la Riponne, les manifestants scandent «Liberté, liberté! Le conseiller fédéral Alain Berset en prend pour son grade. Puis un cortège de près de 2000 personnes se met en branle pour défiler dans les rues: Madeleine, Palud, Grand Saint-Jean avant de se regrouper à la Palud. «J’étais à Berne, la semaine dernière, confie un restaurateur veveysan. Je suis ce mouvement à chaque fois que je le peux. Des sifflets sont distribués. On se met à charter. Dans le calme, sans heurt. Un manifestant apostrophe un groupe de policiers. «Cela vous fait quoi de savoir que l’obligation du pass sanitaire est anticonstitutionnelle? La maréchaussée ne répond pas. Rideau, fin de la manifestation! Il est 19 h 30, comme prévu. Claude Béda